Il marche, sur le trottoir. Son pas est lent et régulier. Il se trouve peu de monde à cet endroit, à présent. Le croisent un travailleur pressé puis une mère et son enfant. Il y a des voitures, bien sûr, qui pourraient accaparer son attention mais non : lui regarde droit devant, quelque chose ou quelque part qu'on ne saurait deviner. C'est un vieil homme qui marche ainsi sur le trottoir.
Il a trente ans de moins maintenant, toujours entre ces mêmes maisons, qui avaient d'autres couleurs, évidemment. Des commerces d'alors y sont encore, d'autres vont bientôt s'effacer des mémoires. Il est en bras de chemise et sa démarche est plus rapide. Il va toujours dans la même direction.
Le voilà qui a vingt ans. Certaines demeures sont encore là dans ces merveilleux jardins qui ornaient la richesse. Il va très vite, plus décidé que jamais à rejoindre ce point qui nous échappe, devant. Comme il fait chaud ! Son torse luit sous les dards du soleil au zénith.
C'est devenu un enfant qui court, presque nu. Une voix - et quelle voix !, le suit. C'est celle de sa maman qui a renoncé à essayer de le rattraper. Il file là-bas.
Là-bas, il y a une petite fille qui l'attend.
A leur printemps, il la rejoint, enfin. Naturellement, le jeune homme lui prend la main. Ils commencent à se regarder.
Ce sont deux grandes filles qui les entourent désormais. Eux qui les fixent inlassablement semblent ne s'être jamais quittés. Imperméables au temps, leurs regards ont la profondeur d'un océan.
L'inquiétude pour elle a précédé le désastre soudain. L'homme marche, sur le trottoir. Son pas est lent et régulier. Il va mais ce qui importe est derrière lui.
C'est un vieil homme qui marche ainsi sur le trottoir.
Par LChe
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Publié dans : Fil au-delà
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