Samedi 20 décembre 2008
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La fusion entre les Assedic et l'ANPE a été enfin actée à l'occasion de la tenue au
forceps de son premier conseil d'administration, hier vendredi 19 décembre 2008 (*).
L'Agence Nationale pour l'Emploi (*) et les ASSociations pour l'Emploi Dans l'Industrie et le Commerce (*) sont mortes avec urbanité à la Saint Urbain.
L'extraordinaire malaise qui secoue les deux nouveaux mariés est méconnu. Et quand il
l'est, il est nuancé : Les agents de l'ANPE et des Assedic cherchent leurs marques, titre pudiquement le Monde d'hier (*).
Annoncée depuis longtemps, voilà donc le nouvel opérateur enfin né. Un nom lui avait
été donné il y a deux mois, un logo, un mois plus tard, et voici que l'enseigne est officiellement lancée. Quant à ce qui sera proposé en boutique...
Il faut dire qu'il n'est pas aisé de réunir 30000 agents issus de concours et protégés par un statut semi-public avec 15000 autres qui gagnent plus, dont recrutements et promotions se font gré à
gré, mais qui ont un contrat de droit privé. Tous feront le même métier à la fin du premier semstre 2009 (*) : les liquidateurs conseilleront aussi et les
conseillers liquideront également. Pour ce faire, les premiers bénéficieront de 7 (sept) jours de formation et les seconds, 3 (trois). Tout simplement. Ainsi il n'y aura plus qu'un interlocuteur,
chaque mois, pour le demandeur d'emploi.
Un nom, un logo et à présent un conseil d'administration... Pour l'offre de service, c'est en cours. La nouvelle entité misera beaucoup sur les Plateformes de Service Téléphonique. Sur le modèle
de ce que fait déjà excessivement bien l'Assedic, la plupart des questions des clients trouveront leurs réponses par le biais d'un appel au 3949 (ne pas confondre avec le 3929, EDF). Ce sont les
conseillers qui à tour de rôle répondront dans ces call-center départementaux.
Actuellement, le taux d'aboutement n'est pas bon. La faute à la crise : 100.000 dossiers d'inscription étaient en souffrance la semaine dernière (*). Les conseillers n'arrivent plus à suivre.
Ils craquent.
Ils craquent parce qu'il y a énormément de travail et que les outils changent. Question d'adaptation, dira-t-on. Indispensable et propre à l'époque, rajoutera-t-on. Sauf qu'il s'agit de "traiter"
de l'humain : 2.004.500 demandeurs d'emploi sans emploi, immédiatement disponibles, à la recherche d’un emploi en CDI à plein temps et autant qui sont inscrits mais qui ne sont pas comptablisés dans les chiffres
communément entendus (*).
Or les demandeurs d'emploi constituent seulement l'un des deux types de clients : les employeurs doivent également faire l'objet de toutes les attentions. Pôle emploi a d'ailleurs pour objectif,
en 2009, d'augmenter le nombre d'entreprises qui utilisent exclusivement ses services pour le recrutement.
Les salariés craquent.
Parce qu'il faut travailler dans l'urgence, pour un nombre toujours plus impressionnant de clients toujours plus empêchés dans les possibilités qui leur sont faites quand ils fréquentent ce
service public... sans parler de l'Offre Raisonnable d'Emploi,
votée cet été (*), qui va prochainement entrer en
scène au secours... des chiffres.
Le personnel craque parce
qu'il est inquiet pour son quotidien, son futur proche et son avenir : il ne sait pas comment ni avec quels outils il va travailler dès le mois prochain.
Ni dans quelles conditions.
Les négociations avec les syndicats sont vaines et désespérantes. Aucune issue n'est en vue, l'arme absolue étant le manque d'information : non pas qu'elle soit cachée, mais plutôt parce que les
questions ne sont pas anticipées par les décideurs -le temps manque pour les prendre en compte.
Depuis hier, il se passe quelque chose d'extraordinaire à feu l'ANPE et feu l'Assedic.
Les 43000 agents employés de la nouvelle institution ont désormais une messagerie commune. Ainsi M. Christian Charpy, anciennent Directeur Général de l'ANPE, nommé hier Directeur Général de Pôle
emploi, a-t-il déjà pu adresser à l'ensemble de son effectif un message "personnel".
Hier, quelqu'un a répondu.
A tous.
Soit à 43000 personnes, directeur inclus.
Un second l'a suivi, confortant le message du premier.
Un troisième, l'a-t-il fait exprès ?, a signalé à tous qu'il ne voulait plus recevoir ces mails polluant son outil de travail. Il a, sans doute par erreur, envoyé 3 fois son message.
Depuis 24 heures, nombreux, très nombreux, sont les conseillers qui se connectent hors de leur agence ou de leur antenne et qui spontanément répondent.
A tous.
En 24 heures, 1500 mails ont été ainsi adressés sur la messagerie personnelle des 43000 employés.
Soit 65 millions de mails saturant les boîtes aux lettres.
La barre des 100 millions de mails sera allégrement franchie lundi matin, à l'heure du retour au travail.
Il faudra pour chacun, quel que soit son niveau et l'importance de son action, trier parmi les milliers de mails ceux qui sont très importants parce qu'ils concernent un demandeur d'emploi, ceux
qui sont très importants parce qu'ils concernent un employeur et ceux qui sont très importants parce qu'ils concernent la manière de travailler à l'avenir.
C'est la première fois qu'une manifestation prend une telle dimension : elle devient électronique.
Voilà qui pourrait faire date.
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