Aujourd'hui 4 octobre, mon papa a 64 ans.
Je ne l'ai pas vu depuis 12 ans.
Je pense souvent à lui.
Je ne suis cependant pas soucieux de savoir s'il pense à moi.
Peut-être quand même ?
Ce qu'il y a de bien quand on ne voit plus son père, c'est qu'il ne vieillit pas.
Bien sûr, j'aimerais que mon fils le connaisse.
Mais tout compte fait, il vaut mieux que nous nous en passions.
Je n'ai pas de jugement sur cette histoire.
Mon histoire.
Notre histoire.
C'est difficile, parfois, d'être un vrai papa et d'avoir son propre papa qui vous manque.
Qui vous manque alors qu'il est vivant, j'entends.
Quoi que.
Il y a peu, pour la première fois, j'ai pensé que peut-être il était mort, depuis ce temps.
Je l'ai cherché sur Internet et malheureusement, alors qu'il
pourrait y en avoir, je n'ai trouvé aucun indice rassurant.
Ma première pensée a été d'être triste pour lui.
Ma seconde pensée à été pour tous mes amis qui ont perdu le leur et qui ont des regrets. Je me suis dit : ce gâchis, il est beaucoup plus de ma faute : eux, ils ont subi la disparition. Je les ai
vus en pleurer, je mesure ce que c'est. C'est irréversible.
En fait, je me suis rendu compte que ma tristesse était celle d'un père et non celle d'un fils.
Alors je me suis souvenu pourquoi nous ne nous voyons plus.
Ce qu'il y a de bizarre, quand on perd son père, c'est qu'on perd ses
repères.
Comme ça, sans réfléchir, on aurait envie de s'en foutre de tout.
Comme si de toute façon, hein, il n'y avait plus personne pour apprécier ni juger son propre parcours : petit, miniscule, infime cheminement dans l'Univers -si complexe à appréhender.
Ce qu'il y a de bizarre, quand on perd son père, c'est qu'on
perd ses repères.
On est pris à la gorge par la liberté de celui qui a compris qu'il va mourir.
Ivresse et désespoir concomitant.
Les parents sont une drogue.
Aujourd'hui, j'aurais bien souhaité un bon anniversaire à mon
père.
Il a peut-être 64 ans.
Daniel Balavoine - Mon fils, ma
bataille
Par LChe
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Publié dans : Fil au-delà
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