Mercredi 28 novembre 2007
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Il y a des mots qu'on découvre un jour.
Tard parfois.
Jamais peut-être.
Il y a ces mots qu'on apprend au gré des moments forts : ce qu'a dit l'adulte quand il nous a sauvés, la phrase qu'a prononcée celle qu'on a secourue, les mots du père, un soir de colère ou ceux
de l'aimée, qui expliquent tout.
Et puis il y a tous les autres, ceux qui se sont éclairés tout seuls, comme ça, une sorte de hasard que des fous prétendent écrit ou même destin. La particularité de ces mots, c'est que ce sont
eux qui ont rendu le moment important -et non l'inverse.
A table ce soir, la mère a parlé d'une réunion mensuelle.
Le père a vu les huit lettres mélangées dans les pupilles de l'enfant et a senti la nécessité de les rassembler en un sens. Il a ainsi défini :
- Mensuel, c'est une fois par mois.
L'enfant a opiné ; le père a continué :
- Hebdomadaire, c'est une fois par semaine.
Plus difficile mais en aucun cas rédhibitoire.
- Annuel, c'est une fois par an.
Une caresse, pour préparer la suite.
- Décennal, c'est une fois tous les 10 ans, c'est à dire une fois par décennie.
Inutile pour lui qui n'a que 7 ans.
Quoiqu'apprécié par lui qui en a déjà 7.
La leçon, pour éviter de devenir ennuyeuse, doit être ludique :
- ... et une fois par jour, c'est comment ?
En voilà une question !
Du genre : 1515 ? pour les aînés.
Le père sourit avec ravissement de l'ignorance légitime de l'enfant. Ce dernier ne s'en vexe pas : les mots n'ont pas d'âge pour mériter d'être connus. Il y a là manifestement en jeu un
vocabulaire précieux pour l'avenir.
Le père insiste :
- et alors... comment dit-on : une fois par jour ?
Le père savoure ces secondes qui précédent l'apprentissage du mot le plus traître de la langue française. Ce mot qui l'air de rien assassine le monde entre ses rêves. Ce mot qui est au temps ce
que le manche est au couteau.
La mère propose un indice :
- Tu n'as jamais entendu : bénissez notre pain... mm-mmm ?
On ne parle jamais de religion à table.
Pas plus qu'ailleurs d'ailleurs.
Ce qui n'empêche nullement l'enfant de savoir que Jésus et Jésuralem ne font qu'un - c'est une vue de l'esprit. L'enfant reprend ainsi la phrase :
- bénissez notre pain ...
Il répéte ce début comme pour donner de l'élan à sa réponse. En vain :
- ...
Il hésite. Quand soudain la lumière :
- bénissez notre pain... bagnat !
Par LChe
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Publié dans : Fil au-delà
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